L’Assemblé Générale de L’Association s’est donc déroulée le lundi 11 avril 2010 au Point Éphémère, à Paris.

À dix heures, une centaine de personnes attendent à l’extérieur de la salle. Il faut environ une heure pour que les identités des adhérents soient vérifiées. Les salariés distribuent un tract sur lequel ils proposent de voter pour une liste différente de celle concoctée par le bureau et constituée des 7 membres fondateurs, David B., J.C Menu, Stanislas, Mattt Konture, Killoffer, Lewis Trondheim et Mokeït.

À 11h10, tout le monde a pénétré dans la salle. Les tentatives de médiations sont encore en cours dans un coin de la salle, réunissant J.C Menu, David B., Lewis Trondheim, Charles Berberian, Emmanuel Guibert, Étienne Lécroart et Killoffer. Assises à une table près de la scène éclairée (la salle restera dans la pénombre), une huissière et sa sténo-dactylo sont chargées de consigner les débats, à la demande du bureau et avec l’accord des salariés.

À 11h25, Patricia Perdrizet, la présidente, monte sur scène. Elle annonce que le but de l’A.G est de choisir dans la liste des membres d’honneurs proposée par le bureau les 7 membres du conseil d’administration. Des vois s’élèvent pour réclamer que des questions plus générales soient abordées, comme la présentation du bilan. Patricia Perdrizet explique que ces questions feront l’objet d’une autre A.G qui sera convoquée avant l’été. Protestations dans la salle. Une adhérent questionne Patricia Perdrizet sur la date et l’heure de l’A.G, rappelant que toutes les précédentes A.G avaient eu lieu au cours de week-end. Patricia Perdrizet lui répond que ce choix a été fait pour limiter le nombre de participants et éviter «que l’A.G se déroule mal». Rires dans la salle. Après quelques échanges confus, Killoffer prend la parole et apostrophe Patricia Perdrizet sur sa présence sur scène. Elle lui répond qu’elle est là en tant que Présidente de L’Association. Killoffer lui coupe la parole et demande à ce que Menu s’exprime plutôt qu’elle, expliquant au public comment le bureau s’est constitué de longues années auparavant autour de «prête-noms» (dixit).

À 11h35, Menu monte sur scène et prend le micro. Il apparaît alors clairement que le dispositif scénique n’est à l’avantage de personne, les adhérents étant ramenés au rôle de «public» et les intervenants se retrouvant sous «le feu des projecteurs». J.C Menu parvient tout de même à donner sa position, expliquant que la liste proposée par «la masse salariale» n’est pas juridiquement recevable et exprimant sa lassitude face au conflit. Il demande à être jugé sur son bilan. Des voix s’élèvent, la confusion s’installe. Plusieurs personnes sont montées sur scène: les membres de la liste du bureau, sur la droite, et les fondateurs présents (David B, Killoffer, Mokeït et Lewis Trondheim) sur la gauche, à côté de Menu. Cette répartition sur la scène est visuellement troublante pour beaucoup de spectateurs.
Des voix dans la salle réclament que les deux listes concurrentes soient fusionnées. Patricia Perdrizet rejette cette option en en rappelant l’irrégularité juridique. Anne Baraou, ancienne «bras droit» de Menu l’interpelle: «Arrêtez avec le juridique, ce n’est pas ça L’Association ! On est ici entre nous, on peut discuter !» Patricia Perdrizet veut rester formaliste: «On est pas entre nous.» «On est entre toi!» lui crie un spectateur. Les salariés contestent depuis la salle la position de Patricia Perdrizet et rappellent les accords sur la liste des membres d’honneurs, successivement acceptés et rejetés par le bureau.

À 11h50, les candidats de la liste du bureau viennent se présenter.
Dominique Radrizzani, conservateur du musée Jenisch à Vevey, Suisse fait remarquer que si il est là aujourd’hui, «c’est qu’il n’est pas si difficile de se libérer un lundi matin». La salle réagit vertement et n’évite pas une remarque sur les montres suisses.
Étienne Robial s’avance ensuite et énumère un très long et très prestigieux C.V, où se croisent Wim Wenders, Pierre Lescure et Marrakech. La salle siffle d’admiration. Étienne Robial affirme que Menu «a tout fait tout seul», que les fondateurs n’ont pas grand chose à leur crédit et qu’ils sont «des déserteurs». Lewis Trondheim et Killoffer répondent qu’ils ont été «poussés dehors» et qu’ils veulent revenir.
Guillaume Dégé, enseignant à l’École supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg prend ensuite la parole et explique qu’il soutient Menu, qui lui a apporté une aide décisive dans le conflit qui l’a opposé à sa direction deux ans plus tôt. Killoffer rappelle alors «qu’il n’y a pas que du mauvais chez Menu». Dégé continue en disant l’importance de L’Association et son angoisse de la voir disparaître. Quelqu’un dans la salle lui répond que toute l’assemblée présente souhaite la même chose.
Se présente ensuite Stéphane Distinguin, entrepreneur et président de Silicon Sentier, responsable d’un audit de L’Association trois ans plus tôt. Il parle de «remettre L’Association dans les rails», ce qui lui vaut d’être chahuté par la salle. À son engagement bénévole, quelqu’un lui demande sous quelle forme a été rémunéré l’audit: FaberNovel, sa société, a reçu en remerciement 3 exemplaires de tous les livres présents au catalogue de L’Association. Philippe, comptable de L’Association, rappelle à Stéphane Distinguin les conclusions «officieuses» de l’audit, qui identifiait J.C Menu comme la source des dysfonctionnements internes de la structure. Les échanges sont vifs entre la salle et la scène, Robial entamant une longue série de remarques vexatoires. Sa femme, Barbara, se fait connaître du public en agressant verbalement Jean-Louis Gauthey, éditeur de Cornélius; elle deviendra, par ses interventions enfiévrées, la vedette de la journée.
Barbara Pascarel (sans rapport avec la Barbara précédemment citée), bibliographe, correctrice et dataire au collège de Pataphysique, vient se présenter, parvenant difficilement à couvrir les discussions qui se tiennent dans la salle.
Charles Berberian prend la parole depuis la salle et dit son attachement à la structure. Il dit aussi son respect pour le travail éditorial de Menu et plaide pour les fondateurs trouvent une solution commune. «Quel est votre projet ?» demande Franky Baloney, auteur et éditeur aux Requins Marteaux, à Trondheim, Killoffer et David B. La salle se calme pour écouter Killoffer répondre: un retour à la formule originelle de L’Association, basée sur un comité éditorial. Il propose que les 7 fondateurs soient élus au conseil d’administration pour une période transitoire, à l’issue de laquelle L’Association convoquerait une nouvelle A.G et se doterait d’un conseil d’administration plus «technicien» et d’un comité éditorial élargi à d’autres auteurs de la maison d’édition. David B. dit son envie de voir paraître l’intégrale du «Haut Mal» à L’Association réunifiée, Mokeït décrit Menu comme «un roi élu qui se croit de droit divin» et lui dit qu’il s’est «comporté comme un porc vis à vis des salariés». Menu s’énerve: «Si je suis un porc, tuez-moi !» La salle l’assure que personne n’en veut à sa vie. Lewis Trondheim confirme qu’il partage la proposition exprimée de Killoffer.

À 12h30, Patricia Perdrizet accepte que les deux listes soient fusionnées.
Menu prend la parole, énervé, et décrit cet accord comme de la «bouillabaisse», rappelant qu’on ne l’a pas consulté pour l’inclure dans la liste proposée par les salariés. Il a ensuite quelques exclamations à caractère scatologique que la sténo saisit consciencieusement. La séance est levée pour une demie-heure, le temps que soient décomptées toutes les procurations. Pendant que la majorité des adhérents va boire un verre au soleil au bord du canal, les discussions et les négociations se poursuivent dans la salle. Les avocats des deux parties discutent, les salariés, Menu et les autres fondateurs aussi, beaucoup d’auteurs sont là, qui encouragent les échanges.

À 13h15, tout le monde revient dans la salle pour voter. Patricia Perdrizet monte sur scène et annonce que seule la liste proposée par le bureau sera recevable, revenant sur ce qui a été décidé une heure plus tôt. Éclats de colère dans la salle, cris, brouhaha. Un Charles Berberian furieux crie au piège. Il réclame de savoir qui a pris cette décision. «Moi.» répond Patricia Perdrizet. «Quand ?!» hurle-t-on. «Maintenant.» répond-elle. La salle boue se colère, les auteurs et les adhérents rivalisent d’imagination dans les invectives qu’ils lui lancent. Killoffer monte sur scène et prend le micro. Il s’adresse à la salle, couvrant le tumulte: «On s’en fout, on fait comme on a dit, les deux listes sont fusionnées et vous votez pour les sept personnes de votre choix !». L’avocat de L’Association, du bas de la scène, avertit la salle que le scrutin pourra être contesté. Dans la confusion extrême qui suit, beaucoup se demandent si c’est encore la peine de voter. Marie, salariée, explique qu’il faut le faire, ne serait-ce que pour que le résultat soit enregistré. D’autres veulent un résultat, coûte que coûte. «On fusionne et on vote !» hurle la salle. Patricia Perdrizet baisse les bras. On apprend à ce moment-là que 4 personnes sur les 14 initialement présentées par le bureau ont souhaité ne plus figurer sur la liste.
Les adhérents sont appelés nominativement pour voter.

À 14h00, le vote est achevé. Beaucoup s’en vont, les uns pour prendre un train, les autres pour répondre à leurs obligations. Ceux qui restent profitent du beau temps, buvant un verre un soleil en évitant les roues des camions de la caserne de pompiers voisine.
À l’étonnement de beaucoup, Menu et ceux qui ont été décrits comme ses adversaires parlent ensemble tranquillement, Killoffer chante avec lui, David B. lui serre la main, Jean-Louis Gauthey lui lit son horoscope, Carmela plaisante avec lui… Sans parler de réconciliation, on constate que les liens ne sont pas détruits entre ces gens-là. Pendant que Robial fait preuve d’une étonnante agressivité et que sa femme amuse la galerie, le dépouillement a lieu dans la salle.

Aux alentours de 15h30, les résultats sont annoncés:

JC Menu : 297 voix
Killoffer : 223 voix
David B : 222 voix
Mokeït : 222 voix
Lewis Trondheim : 221 voix
Mattt Konture : 220 voix
Stanislas : 219 voix
Etienne Robial : 81 voix
Guillaume Dégé : 79 voix
Stéphane Distinguin : 79 voix
Zab Chipot : 76 voix
Patricia Perdrizet : 61 voix
Barbara Pascarel : 22
Dominique Radrizzani : 28 voix
Laetitia Zuccarelli : 2 voix.
Isabelle Thierry-Rival : 0
Nuls : 3

L’annonce des résultats ne déclenche pas d’hystérie mais des sourires se lisent sur les visages. Les personnes présentes, quand bien même elles se sont opposées sur les listes, continuent d’échanger dans une ambiance détendue. Quelques-uns se demandent si le scrutin sera contesté par la présidente. De l’avis général, le fait que la liste des salariés l’ait emporté tout en plébiscitant Menu aboutit à un consensus qui semble satisfaire la majorité des deux camps.

C’est sur ce résultat et dans ces conditions climatiques favorables que s’achève l’Assemblée Générale de L’Association du lundi 11 avril 2011.