Nous relayons ici, à sa demande, un texte de David B. qui revient sur l'histoire de L'Association et sur la crise en cours.

Selon la formule consacrée, les propos de David B. n'engagent que lui.

Cependant, sa "vérité" ne nous apparaît pas moins recevable que celle des salariés ou de J.C Menu, qui ont eu tout loisir de s'exprimer librement sur l'affaire.

Voici donc le témoignage de David B.


Tiens, encore un texte de Menu… De l'argumenté, du solide, du «nous travaillons à résoudre la crise»… Rien de très nouveau pour qui a été le témoin de son évolution. En effet, cela fait des mois, voire des années, que Menu travaille à s'annexer l'Association, à en faire sa chose, son jouet, son caprice.

Voici donc la liste des membres d'honneur parmi lesquels seront choisis ceux qui constitueront le futur bureau de L’Association, tous triés sur le volet par Menu et adoubés par lui. On y remarque la présence de quelques fondateurs: Robial, co-fondateur de Futuropolis, Dionnet, co-fondateur des Humanoïdes Associés et Menu, co-fondateur de L'Association.
Il me semble cependant qu'il manque à cette liste quelques fondateurs: Stanislas, Mattt Konture, Killoffer, Mokeït, Lewis Trondheim et moi même. Il est vrai que, comme je le disais plus haut, tout le travail de Menu consistant à s'approprier L'Association, nous devons disparaître de la photo, processus déjà entamé dans ses Bandelettes où il nous réduit au simple statut d'auteurs.

Devant les derniers événements qui ont marqué L’Association, devant les menaces qui pèsent sur les salariés et devant les mensonges toujours plus grossiers que s’obstine à diffuser Menu sur la création et l’histoire de L’Association, j’estime qu’il est temps pour moi de donner ma version des faits. Je m’étais gardé de le faire jusqu’à présent pour ne pas nuire à la structure; l’égoïsme et la cécité de Menu auront entraîné pour L’Association des conséquences bien plus regrettables.

Menu est à l'origine du projet de L'Association, aucun des fondateurs ne l’a jamais nié. Mais ce projet, il a choisi — et il a eu besoin — de le faire avec d'autres. L'Association s'est montée ainsi, quand bien même la chose lui déplaît aujourd’hui.
Menu veut oublier que L’Association s’est toujours appuyée sur un comité éditorial, que nous y participions, que nous y apportions des idées, des projets, des auteurs, que les discussions enrichissaient le processus et que cet apport allait bien au-delà du rôle de «fournisseurs de livres» auquel Menu voudrait nous cantonner à présent.

Il s’attribue, avec une grandiloquence un peu puérile, «la définition des axes, la position politique, la direction graphique et tout le discours» de L’Association. Qu’on me permette de sourire devant un tel ramassis de foutaises. Mettons les choses au clair: j'ai toujours conçu et réalisé mes couvertures moi-même, comme la plupart des fondateurs. De même, j’ai toujours dessiné mes albums librement, sans me préoccuper d’appliquer une soit-disant ligne politique — inventée tardivement. C’est Menu qui a plaqué son discours sur notre travail, pas l'inverse.

Dans ses diverses communications, Menu n’oublie jamais de mettre en avant que son bureau, qui gère la crise à grands lancers d'huile sur le feu, est «compétent et bénévole». Bénévoles, nous l'étions aussi. Pour notre participation active au travail éditorial, nous n'avons jamais touché un centime. Nous percevions les droits d’auteur des ventes de nos livres, ce qui, dans les premiers temps, ne représentait pas grand chose. Publier chez les «grands sales éditeurs capitalistes» était ce qui nous permettait de gagner notre vie.
Cet état de choses, Menu s’est souvent fait plaisir à nous le reprocher. Bien hypocritement d’ailleurs, puisqu'il est rapidement devenu salarié de L’Association, contrairement à nous qui devions nous «compromettre» pour gagner l’argent — et le temps — nécessaires à la réalisation de nouveaux livres pour la structure.
À l’époque, Menu était confronté à une difficulté profonde à dessiner; il a alors souhaité s’investir plus dans la structure et nous a demandé, lors d'une réunion du comité éditorial, à ce qu’un rôle de coordinateur/administrateur lui soit confié, contre rémunération, ce que nous avons accepté. Mais rapidement, il a commencé à se plaindre que la tâche était écrasante et qu'elle l’empêchait de dessiner. Nous lui avons donc proposé d'engager quelqu'un pour le décharger de la partie la plus rébarbative de son travail. Mais il a refusé tout net cette solution; sans pour autant cesser de se lamenter. Lorsque ces plaintes le reprennaient, nous lui répondions par la même proposition, qu’il déclinait à chaque fois de manière catégorique. À force de rejouer la même scène, nous avons fini par nous retrouver dans une situation sans issue, dont nous avons dû nous accomoder (par nous, je veux dire les co-fondateurs). Les choses ont continué sur ce mode, ponctuées par les crises de mauvaise humeur stériles de Menu, ses reproches et ses états souvent erratiques.

Un jour, Menu nous annonce qu'il va créer sa propre maison d'édition pour publier les carnets de Tardi.
Il n'est pas content avec nous? Non, il n'est pas content. Il veut son truc à lui tout seul.
De quel droit l’aurions-nous empêché de réaliser ce souhait? Nous le voyons donc monter son projet et lui donnons quelques conseils d'amis qu'il écarte avec fureur. Nous le voyons partir vers la catastrophe sans rien vouloir entendre. La catastrophe arrive, le livre se plante. Cette expérience, malheureusement, ne servira pas à le calmer et à lui faire considérer avec plus de sérénité notre fonctionnement collectif. Il faut croire qu’elle a même entraîné Menu plus loin dans sa volonté de pouvoir et de revanche.

J'ai pu lire dans les différentes interviews données à l’occasion des 20 ans de L'Association que nous avions quitté la structure pour des divergences éditoriales. Tiens donc! Une explication simple, efficace, qui serait très belle si elle n’était une réécriture facile des événements.
J'ai le souvenir d'une réunion du comité éditorial en 2004 où un Menu ivre nous annonce qu'il «nous dissout»; c'est à dire qu'il dissout le comité éditorial tout en nous disant qu'il sait que légalement il n'a pas le droit de le faire mais qu'il le fait quand même, etc. Ses raisons? Il a 40 ans, il n'a rien, nous autres sommes connus… alors il veut l'Asso pour lui tout seul. Rien que ça! Nous lui faisons valoir que nous n’avons pas à payer pour ses frustrations d'auteur, dans lesquelles nous ne sommes pour rien — mieux, nous l'avons toujours encouragé à dessiner, nous lui avons proposé des solutions pour le dégager de ce travail qu’il avait exigé! Il répond qu’il s'est sacrifié pour nous et que nous lui devons quelque chose, nos carrières en l'occurrence. Il veut oublier que sans notre travail et sans nos livres, L’Association ne serait pas ce qu’elle est…
Nous discutons pied à pied. Rien à faire, un mur, tout comme aujourd'hui. Il veut ce qu'il veut et il l'aura, quoi qu'il doive lui en coûter d'hypocrisie, de manoeuvres sournoises et d'amitié perdue. Nous partons en bloc et nous le plantons-là, seul avec ses mensonges.

Nous sommes loin de la divergence éditoriale.
Et nous flairons surtout que depuis le succès de Persépolis, il y a beaucoup d'argent dans les caisses et que Menu, seul à la tête de l'Association, pourra en profiter à sa guise. Il s'est d'ailleurs déjà octroyé un pourcentage de 2% sur les droits perçus par L’Association pour les ventes aux USA du livre de Marjane.
Il nous envoie dans les jours qui suivent un long communiqué pour justifier par toute une batterie d'arguments son abus de pouvoir — plus traces de ses jérémiades et de ses frustrations, il a réfléchi après coup et s'est construit un argumentaire à sa mesure de chef. Killoffer reprend ses arguments un par un dans une réponse à son communiqué et les démonte avec drôlerie et pertinence, un morceau d'anthologie!

Quelques temps plus tard, il nous demande de «revenir». Une réunion de «réconciliation» est organisée où il nous caresse dans le sens du poil tout en nous disant qu'il n'a pas de compte à nous rendre. Je trouve la chose contradictoire mais garde mon scepticisme pour moi, suivant le mouvement de cette «réconciliation» par solidarité.

Je ne détaillerai pas les avanies, l'arrogance et les mesquineries des mois qui suivent. Au cours de cette période, il m'apparaît clairement que le fait de nous virer (de quel droit?) en groupe la foutait mal et qu'à présent, il est décidé à nous pousser dehors un par un, reprenant des méthodes déjà bien éprouvées par quelques patrons inventifs. Menu, s'il n'est «pas un patron et n'en sera jamais un», comme il l’affirme dans ses Bandelettes au même moment où il veut virer arbitrairement des salariés, sait très bien utiliser les méthodes des patrons les moins respectables.
Quoi qu’il en soit, je résiste jusqu'au jour où j'apprends la sortie de Platebandes
. Je suis toujours au comité éditorial et voilà que L’Association sort un livre que je n'ai jamais vu! Menu n'a pas eu le courage de me le faire lire car il contient des attaques sur des proches. La lâcheté que je pressentais chez cet homme se fait jour. Puisqu'il en est au point d'avoir honte de me présenter ses écrits et puisque je suis exclu, de fait, du comité éditorial, je décide de ne plus mettre les pieds à L’Association.

C’est alors que je deviens un traître et que je suis systématiquement stigmatisé et diffamé, cela afin que ma parole soit discréditée par avance. Je ne peux pas faire grand chose d’autre que d’admirer la tactique: on a fait comme si je n’existais plus afin que je prenne la responsabilité de partir, et on me reproche ce départ en me désignant comme un perturbateur. La fable est simple, beaucoup y croient, je comprends qu’il ne sert à rien de vouloir contrer cette «vérité», je me concentre sur mon travail.
Ceci se passait en 2005.

Ensuite? Là encore, il serait fastidieux d'énumérer les petites bassesses régulières du personnage, mais de plus en plus nettement se révèle son appétit pour le pouvoir et l’argent.
En 2006, un montage hasardeux et rocambolesque prévoyait de fonder une société immobilière qui aurait acheté un local et l’aurait loué à L’Association. Les co-fondateurs de L’Association (à l’exception de moi-même, marqué du sceau infâmant de la traîtrise), se voyaient proposé d’entrer dans la société pour une part minoritaire, Menu étant, toujours au nom de son fameux "sacrifice", actionnaire majoritaire. Comme il n'avait pas de logement parisien à cette époque, il exigeait que le local comprenne un appartement à lui destiné, (toujours ce sens du sacrifice). Le problème, c’est que L’Association devait prêter à Menu une partie de l’argent qui devait lui servir à acheter le local qui aurait ensuite été loué à la structure…
Un tel montage étant illégal, il finit par renoncer à ses ambitions immobilières.

Les autres co-fondateurs rompent avec Menu cette même année.
Réaction du bureau, dont on rappelle qu’il est décrit comme «compétent et bénévole»? Aucune. Le bureau «compétent et bénévole» est là pour s'occuper des caprices de Menu, le bureau n'est pas là pour les autres. L’Association n’aura plus d’assemblée générale après 2007.

Durant cette période, qui va de 2006 à nos jours et pendant laquelle Menu achève de s’accaparer tous les pouvoirs, les crises internes sont nombreuses. Menu est lunatique, distant, voire absent. Paranoïaque, aussi. Se sentant menacé par la connaissance historique et le regard critique de Charlotte et Céline, il pousse vers la sortie ces deux salariées en ayant recours une nouvelle fois à ses techniques de harcèlement et de pression psychologiques.
Les salariés sont de plus en plus confrontés à ses choix irrationnels et à la difficulté d’avoir avec lui des conversations constructives. Il embauche et licencie des gens sans réflexion, ne se préoccupant pas des conséquences de ses choix, pas plus que de la législation en vigueur.
Parce qu’il n’est pas patron? Plutôt parce qu’il n’en a pas la carrure. Car comment justifier l’embauche d’une salariée sur un coup de tête et son licenciement, alors qu’elle est enceinte, à peine plus d’un an plus tard? Il est illégal de licencier une femme enceinte? Pas de problème, là encore le harcèlement et les humiliations permettront d’en finir, même si L’Association doit dédommager la salariée à hauteur de 50 000 euros pour éviter d’être traînée aux Prud’hommes.

Il est évident que le bureau «compétent et bénévole» est co-responsable avec Menu des drames et de la gabégie observés depuis 2006. Et qui aboutit à la situation d’aujourd'hui: 4 mois de crise, 3 semaines de grève, le stand de l'Association en grève à Angoulême (ce qui ne s'était jamais vu chez aucun éditeur de mémoire de festivalier). Menu, évidemment, rejette la faute sur les salariés et les fondateurs; toujours cette façon de se faire passer pour la victime là où lui et ses acolytes sont les agresseurs. Se drapant dans un idéal de continuité de l'Association là où il veut tout bêtement accomplir le putsch qu'il nous accuse de fomenter.

De toute façon, quelle continuité Menu peut-il encore prétendre garantir?
L’Association a été fondée sur un idéal collectif, sur un fonctionnement collégial, sur un respect du livre et des auteurs.

Or l’assemblée générale est organisée un lundi matin à 10 heures, premier jours des vacances de Pâques. Pour que le moins de personnes puissent y assister, y débattre et y voter.
Or l’assemblée générale ne présente qu’une liste, celle de Menu, constituée de ses acolytes, comme dans n’importe quelle dictature ordinaire.
Or cette liste ne comprend pas un seul auteur. Ils ne font plus partie des membres d’honneurs. Ils ne sont plus consultés. Ils ne sont plus que des auteurs, comme dans n’importe quelle maison d’édition. Pire, on va créer pour eux une catégorie à part. C'est ça, la politique de Menu depuis quelques années: «mettre les gens à part».
Or Menu enfreint une nouvelle fois les règles, en réclamant que des adhésions et des chèques soient envoyés chez lui, à son adresse personnelle.

Si on ne fait rien, on peut facilement prévoir la suite.
Un bureau fantoche sera élu. Menu aura enfin les pleins pouvoirs. La crise sera réglée. Les salariés seront liquidés, licenciés, usés, ou dégoûtés comme nous l’avons été. Menu embauchera de nouvelles personnes et recommencera le même drame. Car il n'a aucun don pour les relations humaines, il va même jusqu’à le revendiquer. Pourquoi dans ce cas, continue-t-il à s’en mêler? Pourquoi le bureau «compétent et bénévole» l'a t-il laissé faire? Pourquoi envisage-t-on de poursuivre sur ce constat d’échec? Pourquoi?
C’est vrai, ça. Pourquoi voter pour ces gens-là? Pourquoi accepter cette liste? Pourquoi laisser couler sans rien dire l’idéal de L’Association? Pourquoi ne pas voter pour une vraie continuité? Pourquoi ne pas venir et changer les choses?

J’ai été content de soutenir et de participer à ce mouvement lancé par les salariés, par la solidarité qui c'est manifesté entre nous, par les discussions, les échanges. J'y ai retrouvé quelque chose de ce que j'avais vécu aux débuts de l'Association. Alors pourquoi pas?

David B.
Co-fondateur et auteur.