Compte-rendu
Par Le comité de soutien le mercredi 26 janvier 2011, 13:06 - Lien permanent
Nous vous livrons ci-dessous un compte-rendu subjectif mais néanmoins
instructif de Pascal Pierrey, qui retrace les événements du samedi matin 22
janvier. Voici:
Ce matin du samedi 22 janvier 2011, nous avons rendez-vous avec les sept salariés de l’Association menacés de perdre leur emploi. Depuis la veille au soir, la rumeur s’est propagée : le bureau organise en secret une AG et ses membres ont rendez-vous au 17 rue du Faubourg du Temple. Ironie du sort, les Pages Jaunes indiquent aussi que c’est l’adresse de Boostyourjob… Nous sommes une vingtaine à attendre dans la cour, auteurs, adhérents, membres fondateurs, anciens salariés. Nous patientons, mais visiblement il n’y a personne. Laetitia qui a été conviée à l’AG secrète, mais qui se trouve parmi nous, contacte Isabelle Chipot, secrétaire du bureau de L’Association, pour savoir ce qu’il se passe. La réunion a été déplacée au 57 rue de Varenne. Nous partons aussitôt en métro. Mais nous en sortons avant d’arriver à destination car nous avons appris que l’adresse en question serait celle d’un ministère, peut-être même celui du travail. La blague est bonne, sans aucun doute ! Dépités, nous rejoignons alors le local de l‘Association où, tout en discutant, nous pouvons vérifier l’adresse de l’avocat. Surprise : il se trouve effectivement rue de Varenne. C’est reparti ! Arrivée dans les « beaux quartiers » des Invalides. Des dizaines d’hôtels particuliers bordent les deux côtés de la rue de Varenne. Climat pesant. Les murs sont hauts, les fenêtres rares, les trottoirs étroits, les passants inexistants. Il ne doit pas y avoir d’habitants vivants et personne ne travaille le samedi en dehors des flics en guérite. D’autres, en gilet pare-balle, arpentent la rue en nous dévisageant. On pourrait croire qu’ils sont là pour nous. Nous arrivons au 57. C’est l’Hôtel Matignon, secrétariat général du gouvernement, service du premier ministre. L’avocat est au 55. Nous sonnons, présentation à l’interphone. La porte s’ouvre, nous gravissons un somptueux escalier. Nous sommes reçus dans un hall immense (l’appartement de deux pièces dans lequel je vis y tiendrait parfaitement) par un personnage qui jauge chacun d’entre nous, comme pour évaluer les forces en présence. Il s’est paré d’un sourire ironique et hautain qui ne le quitte jamais. Nous l’apprendrons plus tard, c’est lui qui a offert de recevoir l’AG extraordinaire secrète dans ses bureaux de la rue du faubourg du Temple. C’est aussi lui qui, nous voyant arriver le matin, a proposé de relocaliser d’urgence la réunion chez l’avocat. C’est encore lui qui justifie sa présence en annonçant qu’il connaît l’Association depuis longtemps, puisqu’il l’a découverte par les bouquins de David B dont il est un fervent admirateur. On devine qu’il se verrait bien siéger au nouveau bureau. Moi qui suis fan de Julie Doucet ou de Menu, je me demande quelle place je pourrais bien avoir. Nous entrons enfin dans le bureau de l’avocat. L’espace est immense. Son dépouillement trahit le luxe extrême. Les membres du bureau sont assis autour d’une grande table carrée. Sont présents : Patricia Perdrizet et Isabelle Chipot, respectivement présidente et secrétaire du bureau, ainsi que Jean-Christophe Menu, Étienne Robial, Pacôme Thiellement, le fan de David B, Dorothée Charles, une personne que nous ne connaissons pas et l’avocat Jérémie Chouraqui. Nous nous déployons autour d’eux, debout. Ils restent assis. L’atmosphère est tendue. Patricia est crispée dans une posture rigoriste, assez effrayante pour moi qui ne l’avais encore jamais rencontrée. Menu est affalé, visage renfrogné, mains crispées. Robial est souriant, mais semble ailleurs. Le dialogue va être facile… Joann Sfar demande si nous sommes en présence d’une AG et précise, qu’en tel cas, ses décisions ne seront pas valides puisque tous les membres n’ont pas été convoqués par lettre recommandée. Patricia fait quelques remarques laissant penser que tous les membres n’auraient pas la même légitimité puisqu’elle a vu passer dernièrement de nombreuses demandes d’adhésion qu’elle estime suspectes car sans doute partisanes des salariés de l’Association. Ambiance… L’avocat explore son ordinateur, mais ne trouve pas de mentions particulières pour la tenue d’une AG. C’est qu’il lit les statuts de l’Association, alors qu’il devrait regarder dans le règlement intérieur. Comme il n’en connaît pas l’existence, nous lui en fournissons une copie qu’il pose sur la table sans même y jeter un œil. Cette fois, il nous fait confiance ! L’avocat tente alors de se placer comme médiateur, justifiant qu’il n’a aucun intérêt dans la partie. Nous remettons le brave homme à sa place, celle de défenseur du bureau et de ses décisions. Nous sommes tous déterminés, mais nous restons calmes. Chacun peut parler sans être coupé par les autres. Seul Killofer crapahute d’un bout à l’autre de la salle, s’assoit sur une chaise à côté de Robial, revient soutenir un orateur, fait état de sa révolte. Pour qui le connaît, il est évident qu’il est dans une totale retenue. Toutefois, l’avocat en profite pour réclamer le calme et nous faire passer collectivement pour de gentils échappés d’on ne sait quelle cour de récréation… S’il vous plaît, pas de débordements, pas de noms d’oiseaux, nous sommes entre adultes, sérieux et responsables, n’est-ce pas ? Les salariés expriment leur désaccord avec Menu et le bureau. Tour à tour, ils expliquent les difficultés d’être encadré par quelqu’un qui ne prend plus plaisir à travailler, qui est rarement présent et dont les décisions ne sont pas comprises car pas ou peu expliquées. La gestion de la « crise » par le bureau est unanimement critiquée. Deux mois après l'annonce des licenciements, les justifications chiffrées qui doivent clairement les justifier se font toujours attendre... La date de l'AG également... Des solutions alternatives aux licenciements ont pourtant été proposées par les salariés mais laissées sans réponse. Les salariés expliquent qu'ils n'ont que très peu de réaction de la part du bureau ou de Menu depuis qu'ils se sont mis en grève. Juste un contact unique pour leur reprocher d'avoir rendu publique la crise interne. L’image de l’entreprise semble vraiment de la première importance pour eux. Et pour le reste, « Il faut réduire la voilure » comme le répète Patricia… Miam, miam, ça sent l’executive woman !
Pour moi qui travaille au quotidien dans une grande entreprise de
communication, c'est évident, Patricia a dû recevoir une formation en
management. Elle ne répond jamais directement, mais renvoie toujours à la
justification de la question posée. Très autoritaire, elle coupe la parole,
désigne les gens du bout du stylo, invective pour déplacer les personnes qui
gêneraient son champ de vision… Heureusement, les salariés ont réponse à tout
et ne se laissent pas intimider. Et nous comprenons rapidement que cette AG
secrète a été décidée du jour au lendemain pour contrer la réunion
d’information qui doit exposer la situation aux auteurs et qui se tient
l'après-midi même. Ils sont là pour modifier dans l'urgence les statuts de
L'Association, sans convoquer un seul adhérent mais seulement une poignée de
prétendus membres d'honneur, dont certains ne figurent même pas sur la liste.
Les salariés ne se laissent pas faire. Ils commencent à bien connaître leur
dossier.
Robial prend alors la parole pour dire que, franchement,
raisonnablement, décemment, on ne peut quand même pas avoir un stand de
l’Association avec des tables vides et des panneaux « employés en
grève » au festival d’Angoulême. Merci maître… Mais pourquoi pas? Patricia
imagine calmer le jeu en affirmant que les licenciements sont, non pas
abandonnés, mais gelés jusqu’après Angoulême. Merci patron… Mais non merci.
Durant un court instant, Menu semble enfin se réveiller de sa torpeur. Il a
visiblement peur que l’Association meure. Pour lui, ce serait même le glas qui
annoncerait la fin de toute l’édition indépendante. Il est toujours dans sa
thèse. Merci Menu… Mais réveille-toi! Finalement, nous obtenons confirmation
qu’une AG se tiendra courant février, une fois la page Angoulême
tournée…
Alors que la discussion s'enlise sur qui devrait être membre ou pas,
Patricia se tourne vers David B. «Et pourquoi tu la ramènes puisque tu es parti
de toi-même ?» David est ébranlé et a du mal à contenir son émotion. La
blessure est toujours à vif. Je ne connais pas David, mais il est évident qu’il
a beaucoup de pudeur et qu’il ne veut pas exposer sa rancœur en public. Cette
affaire ne concerne que lui et Menu et il est très malheureux parce que Menu
est juste devant lui, dos tourné… Patricia continue à laminer. Sfar s’interpose
et explique que lui aussi est parti, comme Lewis Trondheim d’ailleurs, mais
qu’ils ont quand même laissé leurs bouquins à l’Asso parce que cette structure
représente quelque chose de plus important pour eux.
Pacôme est de plus en
plus troublé par la tournure que prend la discussion. Il se lève, s’écarte de
la table, tourne en rond devant la fenêtre, pivote enfin vers Menu. « Tu
dois leur parler, Jean-Christophe. Mais parle, parle donc ! » Les
écoutilles restent bien fermées. Rapidement, l'AG tourne court pour nous, tout
a été dit, rien n'a été expliqué. Nous devons partir, l'assemblée où seront
présents les auteurs doit bientôt commencer...
Reportage subjectif de Pascal Pierrey.
PS: Depuis samedi, j’ai exploré le site de ce cabinet d’avocats, Chouraqui, Gomel & Associés. Ce Cabinet intervient dans tous les domaines du droit des affaires et de la vie des entreprises en général. Deux extraits de leur rayon d'action: - Les compétences du cabinet couvrent les divers aspects des opérations de fusion et d'acquisition, de rapprochement et de restructuration d'entreprises tant en France que dans un contexte transnational. Nous conseillons et représentons des sociétés et des fonds d’investissement, ainsi que des dirigeants et actionnaires dans ce type d'opérations. - L'activité du cabinet couvre toutes les situations conflictuelles concernant la vie des entreprises et de leurs dirigeants et employés. Nous intervenons devant toutes les juridictions ou autorités judiciaires, administratives et arbitrales. Nous accompagnons nos clients à tous les stades du conflit, depuis le cadre de négociations précontentieuses jusqu’à l’issue juridictionnelle ou transactionnelle du conflit. Le cabinet intervient également en matière de droit pénal des affaires, et assure la défense d’entreprises et de leurs dirigeants, prévenus ou parties civiles.
Commentaires
Merci pour le reportage. C'est complètement surréaliste! J'avais du mal à croire que la réunion secrète avait pour objectif de changer les statuts de L'Asso en urgence dans le dos de ses membres... Si c'en était vraiment l'objet, pour "faciliter" les licenciements, j'en serais vraiment écoeuré. Bienvenue dans un monde de merde.
Quel pavé !!!
Je suis en dehors de "l'affaire" et je suis gênée par ces jugements appuyés sur la richesse du quartier de l'avocat, de son bureau, de son sourire carnassier, des "masques" (ça fait partie de la vie professionnel non ?)... ce côté manichéen. Je m'en fouuuuuu !!
En apparté : "Pour lui (JC Menu), ce serait même le glas qui annoncerait la fin de toute l’édition indépendante" = Les livres de Shampoing et l'autre collection (j'ai oublié, celle que dirige Sfar) vont finir, mais c'est juste mon avis, chez les bouquinistes. "L'association" c'est quand même autre chose.
En résumé, ce que je retiens+++ de l'article : le silence de JC Menu qui ne vous a rien dit, rien expliqué sur votre situation durant la réunion.
C'est pourquoi je vous soutiens encore plus, de tout coeur, je pense très fort à vous en ce moment difficile. Je trouve très cohérente et salutaire votre démarche d'exposer votre manque de communication en place publique c'est pourquoi j'ai demandé à tout le monde autour de moi de signer votre pétition.
Je ne comprends pas la phrase "Patricia se tourne vers David B. «Et pourquoi tu la ramènes puisque tu es parti de toi-même ?» ". Madame Patricia ne sait-elle pas que David B. est un des membres co-fondateurs de l'Association? Il lui a apporté une belle série, l'Ascension du Haut-Mal, mais surtout il me semble qu'il leur a présenté Marjan Satrapi qui bossait dans son atelier et l'a défendu quand son projet Persepolis a été refusé au début. Il me semble donc qu'il a le droit d'etre présent et d'exprimer son point de vue. L'Association devrait le remercier pour tout ce qu'il a fait pour elle. S'il en est parti, c'est probablement pour de bonnes raisons, le mieux serait de demander à l'intéréssé ce qu'il en pense.
Édifiant !
Je trouve ce compte-rendu consternant d'emphase. On fait avec les moyens du bord, certainement, mais quand même. Beaucoup de gêne à lire ces propos manichéens qu'aucune cause, aussi pertinente soit-elle, ne justifie. J'ai signé la pétition et souhaiterais, comme la plupart, une clarification rapide de la situation et un apaisement, pour les salariés, pour l'Association. Un tel pathos n'a rien à faire dans le processus.
Hello,
Beaucoup de points... D'abord les émotions. Ensuite le fond.
Emotions...
+ l'aspect complètement perdu de JCM, incapable de verbaliser ses émotions, ses choix. En train de vivre une crise profonde, qui le rend peut-être incapable de mener le navire
+ le ton réjoui, orgasmique, de ceux que Menu a dû froisser un jour dans sa vie (l'article sur actuabd comme premier exemple)
+ le ton pathétique de Pascal Pierrey, essayant chaque ligne d'être le plus accusateur contre on ne sait quoi au juste. Donnant en creux l'impression d'être oui-oui au pays du capitalisme, n'ayant jamais exploré Paris jusque dans le 7ème, surpris par la dimension d'un hall dans un immeuble 19ème siècle - comme quoi ça impressionne toujours... -, ne voyant pas d'objet de luxe et décidant donc que leur absence est un luxe en soi, considérant qu'une "formation en management" est l'injure suprème... Ah la la, cher Pascal, le monde semble avoir évolué sans vous...
Il fallait une lecture très attentive pour déméler les faits des incriminations.
Ce que j'en retiens. Surtout 2 choses, essentielles:
1 - aucune donnée financière, chiffrée, n'est sortie. Alors que Menu devrait en avoir quelques unes sous le coude. Alors que les employés de l'Assoc', s'ils représentent 100% des troupes, devraient en disposer également. Combien rapporte le catalogue de l'association? Combien coute l'impression, la distribution, la structure (salaires, loyer, etc.)? Ne me dîtes pas que vous n'en avez la moindre idée: ce serait admettre que vous êtes idiots.
Et dans le même ordre: quel bilan financier aujourd'hui? S'il y a nécessité à réduire les coûts, de combien? Licencier est une solution, mais quelles sont les autres: en quoi consistent les propositions alternatives des employées?
On est dans le pur émotionnel. Tant que les chiffres ne sont pas sur la table, on ne peut que faire aveuglement confiance. Voici pourquoi je ne signe pas la pétition: je souhaite d'abord des éléments chiffrés, qui permettront de dépassionner le débat, de construire des solutions.
2- je ne sais pas qui constitue officiellement, ou techniquement, le "bureau" de l'association. Je devine que comme la dernière AG remonte à des années, il doit y avoir un joli flou sur le sujet (ça fera bander les juges quand, très prochainement, une des parties ira les trouver).
Mais ce qui semble clair est que Menu est dans le noir, perdu. (S'il avait eu une "formation en management", il aurait viré ses employés un à un, chacun sous un prétexte différent, et pas tous d'un coup...). Et que les employés, les auteurs, les membres-fondateurs, n'ont pas spécialement l'air d'être dans le concret, mais uniquement dans l'émotion.
3 - (bonus track) l'avocat machin doit sincèrement vouloir aider l'association. Ce qui me fait penser ça? Deux choses: (1) au prix où il facture son heure de boulot, ce n'est pas Menu qui aurait les moyens. L'avocat travaille probablement sans facturer. (2) il a laissé entrer la bande de manifestants. Il aurait très bien pu demander à tout le monde de sortir, sur le thème "propriété-privée-sortez-ou-j'appelle-les-flics". Or non, il a préféré voir si tout les parties avaient une chance de s'entendre, en laissant les gens s'exprimer, en regardant les échanges sans entrer dans la mélée.
Moi aussi, beaucoup de gêne à lire ces propos manichéens, pathos, ect. Sachant que nous n'avons pas ici le point de vu du principal intéressé. Donc ça fait vraiment bizarre à lire, limite contre vous (c'est quoi ces jugements noir / blanc ??)
J'ai moi aussi signé la pétition et j'espère que votre situation va s'arranger.
On a vu ailleurs quelqu'un affirmer que JCM s'était "viré" de l'Association en 2008 en se donnant 50k EUR d'indemnités (indemnités = non imposables fiscalement). Qu'une employée enceinte avait été mise dehors, ce qui est bien sûr défendu, et que ça avait fini avec 80k EUR d'indemnités.
Mais on est là dans la pure rumeur. Le "j'ai entendu dire par un ami fiable que...".
Il ne faut néanmoins pas négliger l'importance de cet élément. Pour 2 raisons:
+ tout le monde n'a pas intérêt à rendre les faits publics, quand bien même ces faits, passés, on ne pourrait plus rien y faire
+ les employés, ayant entendu que untel été parti avec un chèque, se disent qu'ils seraient bien bêtes de ne pas râler pour obtenir la même chose. Et même si les bruits de couloir n'ont aucune réalité...
Merci Adhérent pour ce recentrage.
Personnellement j'attends que Marjane SATRAPI signe pour signer (il me semble qu'elle n'est pas dans l'émotionnel dans ses rapports avec l'Association et elle est toujours sur le navire).
Comme le dit "adhérent", on attend du plus concret et pas du pur emotionnel.
Chacun voit midi à sa porte, je n'ai personnellement vu aucune emphase mais simplement de la subjectivité. On ne peut pas être impartial dans un tel contexte, et il est évident qu'un blog créé pour soutenir les salariés ne va pas se censurer concernant l'expression d'une injustice. Une discussion apaisée et lucide entre les deux parties passe aussi par l'acceptation de l'émotion. C'est cela qui est pointé dans la dénonciation de l'attitude froide de Patricia Perdrizet, à mon sens. Et vous remarquerez que Menu est davantage décrit comme complètement dépassé que comme un "gros méchant", je ne vois donc pas où vous voyez du manichéisme là-dedans.
Cher Lucas,
Et quant aux faits et chiffres, auriez-vous quoi que ce soit permettant d'avancer?
Les émotions, c'est super. Et si on allait plus loin?
Il me semble que ce que dénoncent entre autres les salariés c'est justement cette non-connaissance des chiffres, n'est-ce pas ? C'est donc à l'équipe dirigeante de les fournir. Je ne comprends pas ta position : tu ne veux pas signer la pétition à cause de l'absence de chiffres, absence qui fait justement partie des motifs de grève des salariés !
Cher Lucas,
Hum... Comment te dire sans que tu te sentes provoqué...?
Je comprends bien que "l'équipe dirigeante" rechigne à donner le moindre chiffre. Et je n'imagine pas qu'elle puisse changer de posture. Aussi exiger des données de sa part est-il un simple prétexte pour ne rien faire, un écran de fumée procédurier pour éviter de discuter le fond.
Par contre, si les 7 employés constituent bel et bien 100% des employés, je ne comprends pas pourquoi ils ne sont pas capables d'avoir des chiffres (ou des hypothèses crédibles). Je ne vois pas pourquoi ils devraient "attendre que l'équipe dirigeante en fournisse" - ou alors ce serait, quoi, de la mauvaise volonté? de la peur? de la tactique je-te-montre-seulement-si-tu-me-montres-d'abord? Il ne peut s'agir d'ignorance: ils savent combien ils ont imprimé de livres, combien ils en ont en stock, combien ils en ont vendus et à quel prix, combien ils sont payés, quel est le loyer etc.
Et puis, il y a manifeste mauvaise foi à attendre que "l'équipe dirigeante" fasse quoi que ce soit en affirmant en même temps que d'"équipe dirigeante" il n'y a pas, car pas d'AG depuis 5 ans, et que donc quiconque se prétend "responsable" est illégitime. On "demande" à une entité dont on nie par avance la crédibilité: autant ne rien demander du tout, et se prendre un peu en mains.
Enfin, les employés affirment avoir des propositions alternatives. Et je suis certain qu'ils en ont (c'est pas super difficile à trouver). Mais pourquoi ne pas les expliciter?
Cher 1166, ou chère 1166,
l'équipe dirigeante ne donne pas de chiffres parce que le problème n'est pas là. Le problème est de savoir ce que JCM veut faire de l'Asso. Il s'appuie sur de prétendus ou réels mauvais résultats pour expliquer sa décision de mener la ligne éditoriale vers une radicalisation qui colle parfaitement à sa thèse. C'est d'ailleurs ce qu'il dit depuis 2009 (sur le site de Du9), je cite : "Ça, été commencé en 1990, (sa thèse) il est grand temps de terminer. Tiens, comme L’Association, comme c’est curieux." Phrase qu'il a répété pendant le présentation de sa thèse. Oui, mais voilà, radicaliser l'Asso finira par la tuer à plus ou moins long terme et il oublie l'essentiel, il n'est pas tout seul.
N°43
Cher 43,
Je vous suis tout à fait: JCM ne disant rien, tout le monde est dans le noir.
La question fondamentale, si le problème n'est pas financier - ce que vous suggérez, et peut-être avec raison - devient : JCM est-il indispensable à l'Association? L'Association a-t-elle un avenir sans lui?
Je n'ai pas encore vu cette question posée si nettement (sinon sur la planche publiée par Lewis sur son blog). Mettons l'éléphant sur la table.
Et bien, débattons sur la place publique puisque le forum sert à ça ! 1166, vous avez la réponse à la fin de mon Post précédent : JCM oublie qu'il n'est pas tout seul. Ce qui veut dire, qu'il n'a pas créé l'Asso seul, qu'il ne l'a pas défendu seul et qu'il n' y a pas travaillé seul. En se coupant de ses amis créateurs, puis en se coupant de quelques auteurs (Sfar, Guy Delisle et j'en passe) et finalement en se coupant de ces salariés il ne lui reste plus personne. Non pas que l'individu ne s'entoure pas mais il ne reste plus autour de lui que des gens qui ne s'opposeront jamais à ces choix éditoriaux ou financiers. Donc il termine sa carrière comme Goscinny a terminé la sienne : il se fait sortir par les gens qui veulent sauver la maison d'édition qu'ils ont créée avec lui. Brétécher disait du vieux René qu'il travaillait pour des millions de gens mais ne supportait pas la critique d'une seule personne. Au quotidien c'est assez imbuvable. Donc pour répondre à la question posée : si JCM se fait débarquer il va manquer à l'Asso mais elle survivra à son absence car en face il y 7 salariés capables de faire tourner la boîte et 5 co-fondateurs capables d'alimenter la ligne éditoriale. Il faudra trouver un gérant pour faire le lien entre tout ça et là je vous rassure,1166, les postulant(e)s compétent(e)s ne manquent pas.
À mon avis c'est faire carrément fausse route que d'évoquer les choix artistiques de Menu, le problème n'est pas là : il est question plus prosaïquement 1) de son statut : "un directeur éditorial non salarié dont les responsabilités au sein de la structure restent floues" (dixit le communiqué du 17 janvier) et 2) de son comportement en tant que responsable : "gestion autocratique du personnel, en terme de prises de décisions non débattues et discutables, en termes de reports systématiques de questions urgentes comme le site internet ou la réduction du stock" (dixit communiqué du 25 janvier). Vos messages me laissent à penser que vous n'avez pas lu ces deux communiqués qui me semblaient pourtant clairs. Je me permets de citer quelques extraits particulièrement importants du deuxième :
"Il paraît évident que le fonctionnement de L'Association est un mauvais fonctionnement, en désaccord total avec les principes fondateurs de L'Association et l'utopie éditoriale collective qu'elle est censée incarner.
Nous avons eu beaucoup de bons échos ce samedi à la réunion salariés-auteurs que nous avions organisée, alors que de nombreux auteurs découvraient, non sans surprise, une situation complexe et intolérable. Après avoir exposé les dérives actuelles et passées (...), un autre modèle de fonctionnement s'est dessiné très naturellement au fil des discussions.
L'Association devrait fonctionner comme un vrai collectif d'auteurs, épaulés par une équipe de salariés considérés, et encadrés par une structure responsable et démocratique.
Un projet va s'élaborer dans les prochains jours, mettant à contribution les auteurs, les salariés, les proches, et JC Menu, s'il le souhaite. Il nous faut encore travailler sur les articulations précises entre un bureau et un conseil d'administration présents et concernés, un comité éditorial composé d'auteurs aux mandats renouvelables et une équipe de salariés responsabilisés.
Vous pourrez exprimer votre soutien à ce projet par un vote, dans le cadre démocratique de la prochaine assemblée générale ordinaire. Nous vous exposerons ce projet bien évidemment plus en détail, en temps voulu, accompagné d'une liste de personnes éligibles au conseil d'administration.
La question de savoir si JC Menu prendra part ou non à ce projet en tant que membre du comité éditorial et/ou directeur artistique, lui appartient."
Même si ça ne rentre pas dans les détails il est évident qu'il est rigoureusement question d'organisation de la structure, non ? Bref, je ne vois pas de problèmes de ligne radicalisée ou je sais pas quoi, n°43. Là tu fais du Menu, or le but est justement de déconstruire le filtre Menu.
Et en ce qui concerne la question des chiffres, je me permets de citer cette phrase :
"Les justifications chiffrées qui pourraient expliquer l'annonce du licenciement de la moitié de l'équipe salariale et que nous attendons depuis maintenant deux mois ne nous ont toujours pas été exposées."
Tu voudrais qu'ils fassent quoi pour les obtenir, 1166 ? Menacer physiquement Menu ? Et tu penses vraiment que c'est une stratégie d'être menés en bâteau comme ça depuis deux mois ? De plus je n'ai pas compris ton argument comme quoi remettre en cause le bien-fondé de l'autorité de Menu entrerait en contradiction avec lui réclamer des chiffres, vu que c'est justement cette inaccessibilité qui a motivé entre autres cette remise en cause. Je le redis, je n'arrive pas à comprendre le sens de ta position. Or, le sens c'est quand même important dans la vie, non ?
Je ne trouve pas le communiqué parlant d'un projet qui sera élaboré dans les prochains jours mais je suis peut être pas assez attentif.
Adhérent 3175
Lucas,
en écrivant : "son comportement en tant que responsable : "gestion autocratique du personnel, en terme de prises de décisions non débattues et discutables" les salariés et ceux qui les soutiennent disent la même chose que moi. A savoir que les choix de JCM ne sont pas mauvais mais qu'ils ne doivent pas être les seuls. L'Association est née d'une alchimie de 6 personnes. La plupart des titres publiés ne seraient jamais sortis si JCM avait travaillé tout seul dessus. Ni les maquettes d'ailleurs. Le modèle image unique sur fond de couleur a été inventé par David B. pour le "Cheval Blême" et ensuite adapté par JCM au reste de la collection. La maquette de Lapin est issue de multiples débats entre les associés, et je pourrais étaler tout ça ici mais je manque de place. Les choix ultra radicaux de JCM se mariaient très bien avec ceux plus classiques de Lewis, qui allaient très bien avec ceux de Mattt ou de Stanislas, etc. JCM tout seul et bien il fait les "carnets de Tardi" qui représentent exactement un des problèmes principaux : un livre ultra confidentiel tiré à trop d'exemplaires, soit un four complet et des stocks pharaoniques au frais de l'Association. Et après on vire des gens pour faire des économies ! Et ce n'est qu'un exemple. Quand on créé une boîte avec 6 copains on ne s'imagine pas pouvoir la diriger tout seul. Ce n'est pas parce qu'il veut se défaire de l'Asso que JCM est obligé de la tuer avant de partir.
Merci pour le verbatim du 25 janvier. J'avoue que ce texte avait échappé à mon attention. Je ne l'ai pas trouvé sur ce site d'ailleurs. Il met en avant que le souci est d'abord d'organisation, comme tu le soulignes. Il n'évoque aucun problème financier - peut-être simplement pour les renvoyer à plus tard (ce qui n'est pas idiot: découper un problème compliqué en 2 problèmes plus simples). On apprécierait énormément que "les dérives actuelles et passées" soient factualisés au lieu d'être laissées dans l'ellipse.
Par contre, Lucas, tu es toujours dans la mauvaise foi sur les chiffres. Le communiqué dit "on ne nous a rien communiqué". Alors que les employés pourraient plutôt affirmer "étant donné qu'on a vendu pour XX millions d'euros, qu'on coute YY millions d'euros, nous sommes une structure saine, sauf si qqch nous a échappé". Les employés se comportent comme des adultes quand ils réclament une "direction" responsable. Puis comme des enfants quand ils disent "on ne peut connaître les chiffres tant que papa ne veut pas nous les dire". Encore une fois, les employés connaissent les chiffres car ils ne sont pas idiots. Qu'ils les mettent sur la place publique.
"un livre ultra confidentiel tiré à trop d'exemplaires, soit un four complet et des stocks pharaoniques au frais de l'Association. "
Ici, on dérive. J'aimerais juste que tu donnes une idée en euros de combien coutent les stocks. Tu verras que c'est que dalle. J'entends l'aigreur vis-à-vis de la tentative de diversification de JCM, mais il est temps de cesser les aspects émotionnels.
Non, cher 1166, on ne dérive pas plus que ça. Les carnets de Tardi ont coulé JC Menu éditeur, et les stocks de L'Association (plus de 600 palettes) coûtent plus cher à stocker que le loyer de L'Association. Sans compter les frais fiscaux : le stock, c'est de l'actif. Sur les salariés qui pourraient communiquer des chiffres : il se trouve qu'aucun d'eux n'est gestionnaire de fait (c'est un des problèmes récurrents de L'Association). Il se trouve surtout que le choix de licencier s'est fait sur la base d'un audit qui ne leur a pas été communiqué. C'est ces chiffres là qu'ils demandent à voir...
(Guillaume, ex Frère Missionnaire attaché au Rayonnement Général)
Cher Guillaume,
Merci des infos chiffrées. Si je devine ce qui est signifié, les 600 palettes sont entreposées dans un local à part, dédié, avec un loyer séparé de celui de l'association. On aimerait savoir ce que cela représente vraiment (vous savez, avec des euros / mois). Je devine aussi que JCM aurait du mal à envisager de pilonner l'ensemble, voire qu'oser suggérer l'idée puisse être difficile pour n'importe quel membre de l'organisation.
"aucun d'eux n'est gestionnaire de fait". Et alors? Il faut avoir le titre et la carte de visite pour se mettre à compter combien et à quel prix? Qu'est-ce que c'est que ce souci procédurier avant d'oser dévoiler les données financières? On finit par se demander ce qui se cache là.
Merci de l'info sur "l'audit", je ne l'avais pas relevée. On se demande bien sûr qui a pu mener cet "audit"...
PS: je ne suis pas sûr de visualiser ce que peuvent être les frais fiscaux sur un stock. (il n'y a pas d'impôt sur les stocks. Evidemment, le stock se "déprécie" avec les années, mais cela impacte le compte de résultats, réduit les bénéfices, donc diminue l'impôt sur les bénéfices. Ca n'augmente pas les impôts...).
Les salariés de l'Association ont l'avantage par rapport aux autres parties de communiquer. Et c'est un gros avantage. Il serait bien alors qu'ils se déplacent sur le terrain de l'argument.
Des chiffres précis ne sont pas forcément nécessaires, mais ils peuvent expliquer en quoi selon eux l'Association est en bonne forme, et quel est selon eux alors le sens de ces suppressions de poste, et finalement quel est le problème finalement.
J'avoue que le discours du type "gentils salariés contre méchant patron" n'emporte pas mon adhésion en ce qu'il est trop simpliste.
Un dernier petit mot pour dire que je fus adhérent, jusqu'à comprendre que je n'avais de légitimité à ça.
Cordialement,
ex-adhérent 1081
"On apprécierait énormément que "les dérives actuelles et passées" soient factualisés au lieu d'être laissées dans l'ellipse."
La parenthèse que j'ai viré contenait les qualificatifs reproduits après le 2), à savoir le comportement de Menu.
Sinon, je précise juste que je ne suis jamais de mauvaise foi. Je peux être ignorant, mal informé, naïf ou parfois un peu stupide je l'admets, mais pas de mauvaise foi. J'aime pas ces gens qui accusent les autres de mauvaise foi comme s'ils étaient dans leur cerveau, grrr ça m'énerve !
A l'adhérent 1166 : Le stock est effectivement neutre dans un bilan, mais pas sa variation, et en l'occurence son augmentation constante. Si le stock diminue, la diffèrence passe dans les charges déductibles (dixit mon comptable, qui parle mieux le chinois que moi !). Or il ne diminue pas... Et les règles de dépréciation de stock dans l'édition sont particulièrement tatillonnes*. Il ne s'agit pas de pilonner l'exhaustivité d'un tirage, mais un livre qui se vend disons à 20 exemplaires par an, il n'est pas nécessaire d'en avoir pour 60 ans de stock... On peut en pilonner une partie, ce que tous les éditeurs pratiquent.
On aura donc compris que le problème est un problème de tirage et non de ligne, il faudrait le dire explicitement. Sortir un carnet de Tardi ne me semble pas du tout "radical" en soi, bien au contraire vu la notoriété de l'auteur, mais le sortir à un tel tirage là oui c'est irresponsable d'un point de vue gestionnaire. Voilà, je voulais préciser ça pour bien insister sur le fait que ce n'est pas manifestement pas du tout une guerre "vrais alternatifs" contre "avant-garde pragmatique", comme le montre la présence de certains signataires comme le Frémok qui ne risquent sûrement pas de reprocher à Menu sa radicalité !
Ce qui est montré en exemple de comportement préjudiciable à l'Asso, (Ce n'est qu'un exemple, il y en a quand même pas mal d'autres) ce n'est pas d'éditer les Carnets de Tardi en tant que livre. C'est de le faire en créant sa propre structure au frais de l'Asso en se disant que si il y a succès/pognon, ça sera pour sa pomme. Puis ne pas écouter les conseils que lui prodiguent quand même ses potes. Planter le tout et recoller les frais de gestion et stock dans les pattes de l'Asso. Et trouver ça normal.
Rappelons qu'il ne s'agit pas de tordre le cou de JCM (du moins pour ce qui me concerne). Il s'agirait de tout mettre à plat et de repartir pour un tour avec : Bureau - comité de rédaction - gérance. L'Asso est suffisamment implantée dans le paysage éditorial pour ça. Après si JCM veut se barrer avec les auteurs qui le suivent il est libre de le faire mais se serrait dommage pour lui et... pour l'Asso.
"C'est de le faire en créant sa propre structure au frais de l'Asso" = hé bé on en apprend des choses ici !!!
Pourquoi il n'y a t'il pas eu de réactions légales de la part des salariés (si j'ai bien compris), c'est ça que je ne comprend pas et ne signe pas la pétition (idem pour les AG, pas de lettres recommandés ? aide d'avocats gratuits en mairie, ect) .
Une association c'est quand même une histoire collective et là on dirait un rapport de méchant patron et salariés victimes pour ce qui concerne le passé. Et une envie d'association au moment où le vent tourne.
Mais sincèrement est ce une VRAI envie de votre part où parce que vous n'avez plus le choix ?? Pourquoi n'avoir pas réagis avant afin de ne pas perdre de l'argent (par ex cette histoire de livre de Tardi car est ce légal de monter sa propre boite avec l'argent de l'Asso ect ?).
Je tiens quand même à préciser, car je ne voudrais pas que ce soit mal interprété, que ce n'est pas un jugement, juste une interrogation de ma part (et de pas mal d'autres autour de moi).
"Dans le milieu" il se dit souvent que l'Association aurait du devenir une boîte privé ? Pour empêcher le départ des auteurs les plus connus et donc les plus rentables (une boîte privé pouvant leur assurer une meilleure publicité et diffusion). Sans les ventes de Marjane Satrapi ces dernières années, l'Association aurait elle pu tenir le coup financièrement face à la concurrence, personnellement j'en doute.
Aussi je me demande qu'elle est l'intérêt pour l'avenir de rester en Association ?
Assise telle un satrape (= « protecteur du pouvoir, royaume »), je n'ai pas vu le nom de Marjane dans la pétition ?